La Lamia au XX et XXIème siècles

De manière générale, la Lamia est une femme, créature monstrueuse qui trompe les hommes et mangent les enfants. D’ailleurs, aux XXe et XXIe siècles, la figure de Lamia apparaît régulièrement dans les œuvres et les jeux relevant des cultures de l’imaginaire (fantastique, horreur, science-fiction, fantasy). 

Le poète britannique John Keats compose en 1819 un récit en vers, appelé «Lamia». Le poème raconte la manière dont le dieu Hermès entend parler d’une nymphe d’une beauté impressionnante, surpassant même toutes les créatures de la Terre et du Ciel.

Hermès part alors à sa recherche et rencontre à la place Lamia. Cette dernière est prise au piège sous la forme d’un serpent, et elle lui révèle qui est l’invisible nymphe. En contrepartie, il redonne sa forme humaine à la Lamia. Elle part alors chercher Lycius, jeune homme de Corinthe, et Hermès et sa nymphe s’enfoncent ensemble dans les bois. Après quelques temps, la relation établie entre Lycius et Lamia est  mise à mal lorsque Apollonius révèle (cliquez ici), à leur fête de mariage, la véritable identité de Lamia qui aussitôt se volatilise. Lycius meurt ensuite de chagrin.

La Lamia dans la peinture  

Dans la peinture du XIXe siècle, le courant préraphaélite fournit plusieurs représentations de lamies sous les traits de femmes séduisantes occupées à attirer de jeunes hommes pour mieux causer leur mort. Ce mouvement artistique est né en Angleterre en 1848, il se base sur la peinture des maîtres italiens du XVe siècle. Dans cet art préraphaélite, les femmes sont vues à la fois comme des anges salvateurs, telle la Béatrice de Dante, ou comme des beautés dangereuses. Les femmes représentées sont des symboles : personnages bibliques, mythologiques…

Le peintre John William Waterhouse peint en 1905 un premier tableau intitulé «Lamia» montrant une belle jeune femme occupée à regarder un chevalier en armure qu’elle va séduire. Il peint ensuite, en 1909, un second tableau «Lamia» montrant cette fois une lamia, toujours sous les traits d’une belle jeune femme, en train de se coiffer en se mirant dans l’eau d’un étang.

De son côté, Herbert James Draper peint également en 1909 une Lamia représentant une jeune femme rêveuse.

La Lamia de Herbert James Draper

L’écrivain  Clark Ashton Smith et la Lamia

L’Américain Clark Ashton Smith met en scène des lamies dans plusieurs de ses nouvelles se déroulant dans la province française fictive d’Averoigne : La Fin de l’histoire (1930) et L’Enchanteresse de Sylaire (1941). Dans chacune d’entre elles, le protagoniste est séduit par une belle femme, s’avérant être une lamie projetant de le dévorer.

« Sadastor » est une histoire courte de l’écrivain  Clark Ashton Smith, publié pour la première fois en juillet 1930, dans le magazine Contes étranges. Il écrit un récit dans un récit, l’histoire se situe en Egypte quand le « sphinx était jeune », avec une Lamia assis sur une crête près du Nil, qui, en raison de son infamie, n’a pu se procurer un amant pendant quinze jours. Charnadis, un démon parlant avec la Lamia, fournit la suite de l’histoire, racontée pour égayer la journée de la Lamia.

Charnadis évoque le sort de la Sirène, appelée Lyspial, la dernière de son espèce sur leur monde « Sadastor ». Il raconte sa vie et ses expériences, et explique que la jeune femme ne peut quitter son monde car elle y est lié à jamais. Le récit se termine avec Charnadis réprimandant la Lamia et lui conseillant de réfléchir au sort de la Sirène, qui était infiniment pire que la situation difficile actuelle de Lamia.

Clark Ashton Smith a également écrit un poème consacré à la Lamia :

Out of her desert lair the lamia came,

A lovely serpent shaped as women are.

Meeting me there, she hailed me by the name

Belovèd lips had used in days afar;

And when the lamia sang, it seemed I heard

The voice of love in some old avatar.

Her lethal beauty like a philtre stirred

Through all my blood and filled my heart with light:

I wedded her with ardor undeterred

By the strange mottlings of her body white,

By the things that crept across us in her den

And the dead who lay beside us through the night.

Colder her flesh than the serpents of the fen,

Yet on her breast I lost mine ancient woe

And found the joy forbid to living men.

But, ah, it was a thousand years ago

I took the lovely lamia for bride…

And nevermore shall they that meet me know

It is a thousand years since I have died.

La Lamia dans la littérature

Ainsi, Lamia ou Lamie apparaît dans les romans fantastiques ou d’horreur. Les romans de science-fiction de Dan Simmons, Hypérion et La Chute d’Hypérion mettent en scène un personnage appelé Brawne Lamia et font référence au poème de John Keats à plusieurs reprises.

Le roman Neverwhere de l’écrivain et scénariste britannique Neil Gaiman, paru en 1996, met en scène un personnage féminin appelé Lamia qui est présenté comme un velours (velvet), un genre de vampire qui absorbe la chaleur de ses victimes.

Dans la série romanesque Anita Blake de l’écrivaine américaine Laurell K. Hamilton, la lamie apparaît dans le tome 3, Le Cirque des damnés. La lamie, mi-femme, mi-serpent, était la créature évoquée par le plus vieux vampire du monde, Olivier. Dans ce livre, la lamie peut passer de sa forme de femme à sa forme de serpent autant qu’elle le souhaite, ses crocs sont enduits de poison mortel, et elle est immortelle.

Dans la saga de L’Epouvanter de Joseph Delaney, les lamias sont des sorcières d’eau originaires de Grèce, elles sont appelés The Lamia Witch, avec deux apparences différentes :

  • les Lamia sauvages sont sous la forme de reptiles dont certaines possèdent une double paire d’ailes à la manière d’un insecte ;
  • les Lamia domestiques qui prennent l’apparence d’une femme ayant juste une ligne d’écailles jaunes et vertes le long de leur colonne vertébrale, unique lien avec leur véritable apparence.

Dans le livre certaines sorcières Lamia tentent d’invoquer l’esprit de Lamia à l’aide d’un rituel, elle se fait appeler Zenobia, une créature ressemblant à une araignée appelée Chaemog. Le rituel consiste à tuer et vider de leurs sang divers rongeurs en les accrochant à des chaînes au dessus d’un récipient, une sorcière lamia applique ensuite le rituel en vociférant des mots en grecs non précisés dans le livre pour finir, la sorcière lamia boit le sang présent dans le récipient.

Lire aussi : Les Lamia dans L’Épouvanteur 

La Lamia dans la bande dessinée et les mangas

La bande dessinée voit également une apparition de Lamia plus éloignée de son mythe antique.

Le manga sud-coréen Lamia Orphega Jugeossda raconte l’histoire de Lamia Orphe qui va succéder au duc d’Orphe mais à 22 ans, elle décide soudain de renoncer à son propre titre. Elle n’a pas l’apparence d’un serpent dans ce manga.

Dans les BD «Manhwa», nom donné à la bande dessinée en Corée, la Lamia est l’épée forgée par les dieux et les dragons et qui possède une très grande puissance. Elle apparaît sous sa forme d’une femme et sous sa forme d’épée, elle utilise la télépathie.  

L’un des personnages principaux du manga Monster Musume est Miia, une jeune Lamia hébergée chez le héros afin d’effectuer un échange culturel.

Dans le manga Fairy Tail, l’emblème de la guilde de mages Lamia Scale est une lamia.

Dans le manga Monster Collection, Kasche Abradel est une invocatrice qualifiée dans une quête pour sauver le monde. Elle est humaine, et est rejointe par Nastasha, une lamia qu’elle sauve au cours de son voyage. Nastasha a un appétit de vampire, elle doit donc se nourrir d’un humain pour survivre. Le manga choisit de ne pas être horrible et la lamia laisse plutôt sa victime couverte de suçons.

Dans le manga Beelzebub, Lamia est une démone venant de Makai. Elle est l’assistante du Docteur Forcas et agit en quelques sortes comme le médecin traitant de Beelzebub IV chargée de surveiller sa croissance. Lorsque celui-ci attrapera la fièvre royale, Lamia viendra du monde des démons pour tenter de le guérir.  

La Lamia au cinéma et à la télévision

Le cinéma fantastique utilise aussi la figure de Lamia. Dans le film Jusqu’en enfer de Sam Raimi (2009), le lamia est un esprit maléfique. Elle diffère de la vision mythologique traditionnelle, car il s’agit d’un esprit prennant la forme d’un bouc maléfique, issue d’une sorcellerie d’origine gitane. Lamia apparaît également à la télévision dans les séries télévisées fantastiques ou de fantasy.

Dans l’animé Rosario + Vampire, la professeure de mathématique est une Lamia.

Dans les Ombres, la Lamia réagit au sel et au romarin, selon Dean Wincherter

Dans la série télévisée Supernatural, un lamia est un monstre originaire de Grèce qui éventre et qui boit le sang des enfants. On le tue en lui lançant du romarin, du sel et en le brûlant après.

Dans la série télévisée Merlin, épisode 8 de la saison 4 est intitulé Lamia, trois villageois de Longstead sont attaqués et ensorcelés. Une jeune fille nommée Lamia, retrouvée dans la forêt prend le contrôle de l’expédition menée par Camelot pour secourir le village de Longstead.

Dans la série animée japonaise Monster musume no iru nichijō, Miia est une lamia de couleur rouge, première petite amie de Kimihito en « voyage culturel » au Japon.

Dans Stardust, le mystère de l’étoile de Matthew Vaughn, évoque Trois sorcières qui ont également vu chuter l’étoile projettent de manger son cœur pour retrouver leur jeunesse et leurs pouvoirs magiques et envoient l’une d’elles, Lamia, la récupérer.  

La Lamia dans la musique rock américain

Dans l’album The Lamb Lies Down on Broadway du groupe de rock progressif Genesis, le morceau 5 du disque 2 est intitulé The Lamia. Rael se fait dévorer par des femmes-serpents, des Lamia, avant de se nourrir lui-même de leur chair. Les jeux de société et les jeux vidéo développant des univers fantastiques ou merveilleux font également allusion à Lamia.

Version illustrée de la chanson

Le groupe de metal « Iron Maiden » fait également référence à Lamia dans la chanson intitulée « Prodigal Son», sur l’album Killer.

Paroles de la chanson

Listen to me, Lamia

Listen to what I’ve got to say

I’ve got these feelings

And they won’t go away

I’ve got these fears inside

That’ll bring me to my knees

Oh, help me Lamia

Or I’m not sure

I’ll die, oh, please

I feel unsettled, now I know that I’ve done wrong

I’ve messed around with mystic things

And magic for too long

I feel I’m being paid with this nightmare inside me

The devil’s got a hold on my soul

And he just won’t let me be

I’m on my knees, oh, help me, please

Oh, Lamia, please, try to help me

The devil’s got a hold on my soul

And he won’t let me be

Lamia I’ve got this curse I’m turning to bad

The devil’s got a hold on my soul

And it’s driving me mad.

 La Lamia dans les jeux vidéo

Dans « The Battle Of Olympus« , jeu d’aventure et d’action sur Nes, Lamia est une femme au corps de serpent qui à l’aide d’un arc envoie des flèches au Héros Orphée. Dans ce jeu, elle apparait deux fois : une première fois devant la mer en Attique et la deuxième, dans le premier couloir du temple d’Hades.

Dans le jeu vidéo « Castlevania : Portrait of Ruin« , il existe un boss de niveau s’apparentant à Lamia et Medusa, qui a une représentation artistique similaire à celle de la Lamia.

La Lamia apparait également dans le jeu Tales of Symphonia faisant partie des monstres rencontrés sur la carte ou dans certains donjons. Elle se présente comme une créature au buste de femme et au corps de serpent, et a la particularité d’attaquer en utilisant parfois une technique de « séduction » qui envoie un cœur infligeant des dégâts sur ses ennemis.

Dans le jeu « Bravely Second« , une pièce d’armure porte le nom de « tiare de Lamia ».  La description faite dans le catalogue, selon Wikipedia, explique que cette couronne aurait appartenu à une femme qu’on aurait changée en monstre après avoir tué ses enfants.

Parmi les créatures du bestiaire de « Final Fantasy : Crystal Chronicles« , il y a des monstres nommées « Lamia » dans le désert de Lynari. Elles se présentent sous la forme d’êtres apparemment féminins mi-renardes, mi-serpents, avec des éventails en guise de mains.  

Dans le jeu de rôle d’horreur « Vampire: L’âge des ténèbres« , les Lamies représentent une lignée de sang, reprenant certains traits des différentes figures mythologiques associées à ce nom. Elles sont une lignée dérivée du Clan Cappadocien, le clan de la mort. Elles sont également fascinées par les arts occultes et la nécromancie.

Cependant, leur foi est différente car elles prêtent allégeance à la « Sombre Mère« , Lilith, dans sa version Judéo-chrétienne, tirée de l’ancien testament) plutôt qu’au dieu Chrétien ou au « Sombre Père« ,Caïn, pourtant considéré dans ce jeu comme le premier vampire. Les lamies ont été fondées par un vampire du nom de Lamia et se partagent comme faiblesse de clan la transmission d’une maladie mortelle (une sorte de peste noire) dont elles sont porteuses et qui infecte ceux dont elles se nourrissent, leur compliquant donc grandement la vie.

À l’époque moderne du jeu « Vampire: The Mascarade« , la lignée est supposée éteinte, éradiquée lors de purges menées par le Clan Giovanni qui supplante les Cappadocéens.

Dans l’univers du jeu de figurines de fantasy britannique Warhammer (dit Battle), le premier vampire était la reine de la cité de Lamia, nommant ses descendantes les Lamianes. Les Lhamianes sont les descendantes du premier vampire, la reine Neferata de Lhamia. Elles forment une lignée vampirique presque uniquement féminine et complètement indépendante des lignées de Nagash, et préfèrent la manipulation et la dissimulation à la force brute des Von Carstein.

Ainsi, il n’est pas rare que leurs victimes soient volontaires, pour obtenir le soutien de la puissante Sororité dans leurs ambitions politiques. La Sororité des Lahmianes cherche à reconquérir leur cité, Lahmia, conquise par leurs ennemis les Rois des Tombes. Les Lahmianes cherchent également à réduire l’humanité et les autres lignées vampiriques en esclavage, même si elles ont déjà aidé l’humanité contre les forces du Chaos afin de garder en vie leurs sujets et nourriture.

Dans le jeu ArchLord, jeu vidéo de type MMORPG dans le genre heroic fantasy, les Lamias sont présentes en tant que monstres à affronter à travers le continent de Chantra et dans certains donjons. Elle se présente comme une créature au buste de femme et un corps de serpent, mais ont également une capuche en forme de tête de cobra et des tentacules autour du buste. Elles attaquent à distance avec un bâton magique, et existe en plusiers espèces de différentes couleurs selon leurs niveaux.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site vous est proposé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :