L’incubation, un rite permettant la rencontre entre l’homme et le divin

L’étymologie  est incubare qui signifie se coucher, «ce rite consistait à se rendre en pèlerinage dans un lieu sacré ou dans un temple, à s’y coucher, à s’y endormir et à attendre de la divinité consultée qu’elle envoie, porteur d’un message ou d’une révélation, le rêve qui lui était demandé», d’après André Taffin.

Il s’agit donc d’un rite pratiqué dans de nombreuses cultures anciennes mais aussi contemporaines, afin de faire appel aux divinités.

Ainsi, le demandeur s’endormait dans ou près d’un sanctuaire afin d’obtenir, sous la forme d’un rêve ou d’une vision, les réponses à ses questions.

L’important dans ce rite est le lieu qui doit être sacré, il peut être un temple, une source, une grotte, un rocher, un arbre remarquable, un puits, des tombes isolées, ou situées dans un cimetière, une église, une cathédrale, un château …

Pour Pierre Sineux*, «le rite de l’incubation peut se définir comme l’une des modalités de la rencontre entre l’homme et le divin : après un ensemble de rites (purification, prières, sacrifices…) un individu s’endort, dans un endroit du sanctuaire ménagé à cet effet, dans l’espoir de voir apparaître en rêve la divinité, le plus souvent pour obtenir d’elle une guérison ou la connaissance des moyens pour y accéder».

Dans son article «Comment on rêvait dans les temples d’Esculape» (Bulletin de l’Association Guillaume Budé Année 1960 3 pp. 325-366), André Taffin explique que les premières formes de l’incubation remonterait dès le Pléistocène  (première époque géologique du Quaternaire et l’avant-dernière sur l’échelle des temps géologiques) et en tout cas en Assyrie-Babylonie, en Egypte.

La forme d’incubation a été dans le monde grec et romain «une aire de diffusion considérable à la fois dans l’espace et dans le temps, tout en se resserrant, nous rechercherons plus bas pourquoi, autour de la divination — on pourrait même dire de la consultation — médicale dans les temples d’Asklépios, l’Aesculapius des Latins».

Citant Marie Delcourt, André Taffin explique que le rite de l’incubation se trouver chez Homère, il s’agissait alors d’un «mode de consultation habituel des divinités chthoniennes, peut-être à cause de l’analogie entre la terre, séjour de l’obscurité, et le sommeil, royaume de l’ombre, durant lequel elle (l’incubation, ndlr) se réalisait, peut-être aussi parce qu’elle était une forme ou une survivance de l’évocation des morts».

L’incubation a été largement pratiquée à l’époque romaine dans plus de 400 temples où l’on pratiquait ce rite de l’incubation dans le bassin méditerranéen, dont celui d’Esculape, l’équivalent romain d’Asclépios. L’époque grecque a aussi propice au rite de l’incubation, avec des centaines de temps, dont les plus célèbres étaient ceux d’Épidaure, d’Athènes, de Cos, et de Pergame en Turquie.

Asclépios, se penchant en avant et étendant ses bras alors qu’il offre une thérapie à une femme allongée sur un canapé. Derrière lui se trouve Hygieia, déesse de la santé. Un relief votif de date classique, de l’Asclepieion au Pirée (Musée archéologique du Pirée).

Au Japon, par exemple, trois temples sont réputés pour leurs rêves d’incubation : Ishiyama-dera, près du lac Biwa, Hase-dera, au sud de Nara, et Kiyomizu-dera, à Kyōto. Le maître guérisseur qui apparaît dans les rêves d’incubation est Yakushi Nyorai, ou Bouddha de médecine. Il est l’un des bouddhas mahāyāna du passé, devenu une émanation de Shakyamuni spécialisée dans les guérisons matérielles et spirituelles et la protection contre les calamités.

Dans l’islam, l’istikhàra est la récitation d’une prière pour obtenir une réponse à un problème donné ou de faire le bon choix. Encore appelée prière de consultation, est celle que l’on récite pour effectuer un choix sur une situation lorsque l’on est indécis.  

Une inscription, somno jussus, prouvant le rite d’incubation à Grand (France)

L’incubation est donc très répandue dans le monde et pratiquée sous des formes variables en fonction des cultures et civilisations. Le rituel de l’incubation est aussi utilisé pour la guérison de la stérilité, ainsi qu’une méthode pour guérir d’autres maladies comme la paralysie, la cécité, la claudication et a été également un moyen de prédire l’avenir.

L’étude des inscriptions gravées sur les stèles des temples, dédié pour certains à ce rituel de l’incubation, a mit en évidence l’évolution des pratiques de l’incubation.  

*Sineux, Pierre. « Les récits de rêve dans les sanctuaires guérisseurs du monde grec : des textes sous contrôle », Sociétés & Représentations, vol. 23, no. 1, 2007, pp. 45-65.

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