L’oracle, une réponse des dieux

L’oracle est une réponse faite par les Dieux à une question. L’oracle grec est une notion beaucoup plus généralisée. L’oracle est à la fois une réponse, mais il peut être le dieu consulté, l’intermédiaire humain qui transmet la réponse ou encore le lieu sacré où la réponse est donnée.

« Consulter l’Oracle » de John William Waterhouse, montrant huit prêtresesses dans un temple de prophétie

Les oracles grecs sont un aspect fondamental de la religion et de la culture chez les Grecs anciens. Il s’agissait de consulter à une question personnelle, concernant généralement le futur. Ces oracles ne peuvent être rendus que par certains dieux, dans des lieux précis, sur des sujets déterminés et dans le respect de rites rigoureusement respectés. La prise d’oracle pouvait s’apparenter à un culte.

L’oracle est donc une interprétation des réponses du dieu, qui s’exprime de diverses manières alambiquées. Cela demande parfois un apprentissage de la part du devin ou plutôt de l’oracle qui traduit la parole énigmatique, « sibylline », c’est-à-dire en rapport avec Sibylle, prêtresse d’Apollon et un oracle, dans la mythologie grecque.

Selon le Dictionnaire infernal de Collin de Plancy, les oracles «étaient chez les anciens ce que sont les devins parmi nous. Toute la différence qu’il y a entre ces deux espèces, c’est que les gens qui rendaient les oracles se disaient les interprètes des dieux, et que les sorciers ne peuvent relever que du diable. On honorait les premiers ; on méprise les seconds».

Pour le dictionnaire Larousse, l’oracle est une «réponse d’une divinité au fidèle qui la consultait ; la divinité qui rendait cette réponse ; le sanctuaire où elle était rendue». Cette définition est similaire à celle de l’Église catholique en France, qui définit l’oracle comme une «parole divine, prédiction, prophétie. Dans la Bible c’est la volonté de Dieu énoncée par les prophètes. Avant la venue du Seigneur les prophètes ont parlé par oracles en transmettant les pensées de Dieu (Hébreux 12-25). C’est l’une des manières dont Dieu s’adresse à son peuple».

Les grecs anciens, qui croyaient à la divination, envoyaient une délégation officielle consulté un oracle avant toute décision touchant au déroulement du culte, d’après Franck Perrin. Dans son article «Oracles et devins dans le monde grec antique» (Le Sens des Signes – 07/05/2013), Franck Perrin, a expliqué que la démarche de consulter un oracle s’apparente au rite de l’incubation qui «ne pouvait s’accomplir que dans certains sanctuaires bien précis». Il s’agissait d’une «démarche volontaire, consciente en direction de la divinité, une demande adressée au dieu du sanctuaire».

«Dans certains sanctuaires, on pouvait non seulement offrir des sacrifices à la divinité propriétaire du sanctuaire et lui consacrer des offrandes, mais aussi lui poser des questions et obtenir d’elle des réponses. Ce sont ces sanctuaires qu’on appelle en français des oracles (en grec, des manteia) ou, mieux, des sanctuaires oraculaires».

Selon Franck Perrin, «l’oracle grec le plus célèbre est celui d’Apollon Pythien à Delphes, où le dieu répondait aux questions par la bouche de la Pythie, sa prophétesse. Mais l’oracle le plus ancien était, paraît-il, celui de Zeus Naios et de Dionè, à Dodone, en Épire. L’oracle d’Apollon Didyméen, en Ionie, était fréquenté notamment, mais non pas uniquement, par les Grecs de l’Asie Mineure. Des dizaines d’autres oracles existaient partout, plus ou moins importants, plus ou moins connus (nous ne les connaissons pas tous). Beaucoup d’entre eux devaient avoir une clientèle purement locale, ce qui ne les empêchait pas d’être vivants et fréquentés».

Ce dernier a expliqué que «consulter un oracle, c’était dialoguer avec un dieu : le consultant rédigeait et posait une question, oralement ou par écrit, mais toujours de façon explicite, et la réponse du dieu n’était (sauf exception) ni un signe, ni un présage, mais un véritable énoncé, transmis au consultant sous la forme d’une phrase en langage humain. Les questions n’étaient pas adressées à la divinité en général, mais au dieu ou à la déesse de l’endroit, propriétaire du sanctuaire oraculaire. Bien entendu, pour questionner le dieu, il fallait remplir certaines conditions, suivre certaines procédures, accomplir certains rites, et même acquitter certaines taxes. Ces conditions, ces procédures, ces rites étaient variables d’un oracle à un autre ».

«Dans un certain nombre d’oracles, comme à Delphes, un prophète ou une prophétesse parlaient au nom du dieu ; ou, plus exactement (selon les croyants), le dieu parlait par leur bouche. Mais, dans d’autres oracles (et même à Delphes), d’autres procédés sont attestés. On ne sait pas exactement sous quelle forme étaient émises, dans chaque oracle, les réponses du dieu (réponses que l’usage français permet d’appeler, elles aussi, des « oracles ») ; en tout cas, très souvent, avant de nous parvenir, elles ont été mises en vers», a indiqué Franck Perrin, enseignant-chercheur au Département d’Histoire de l’Art et d’Archéologie de l’Université de Lyon.  

«Les oracles en vers qui nous sont parvenus sont nombreux, souvent littérairement médiocres et ridiculement « alambiqués », quelquefois ambigus ou obscurs. Il existait d’ailleurs des recueils d’oracles en vers, composés par des chresmologues (« collecteurs d’oracles »). L’authenticité des textes contenus dans ces recueils inspirait aux Anciens eux-mêmes les doutes les plus sérieux : beaucoup les soupçonnaient d’être des forgeries. Pourtant, ces oracles influençaient les gens superstitieux», a souligné ce dernier.

Os d’animal d’oracle de la dynastie Tang, Chine anciene

Extrait du Dictionnaire infernaL

Le P. Kirker, dans le dessein de détromper les gens superstitieux sur les prodiges attribués à l’oracle de Delphes, avait imaginé un tuyau adapté avec tant d’art à une figure automate, que quand quelqu’un parlait un autre entendait dans une chambre éloignée ce qu’on venait de dire, et répondait par ce même tuyau, qui faisait ouvrir la bouche et remuer les lèvres de l’automate. Il supposa en conséquence que les prêtres du paganisme, en se servant de ces tuyaux, faisaient accroire aux sots que l’idole satisfaisait à leurs questions.

L’oracle de Delphes est le plus fameux de tous. Il était situé sur un côté du Parnasse, coupé de sentiers taillés dans le roc, entouré de rochers qui répétaient plusieurs fois le son d’une seule trompette. Un berger le découvrit en remarquant que ses chèvres étaient enivrées de la vapeur que produisait une grotte autour de laquelle elles paissaient. La prêtresse rendait ses oracles, assise sur un trépied d’or, au-dessus de cette cavité ; la vapeur qui en sortait la faisait entrer dans une sorte de délire effrayant, qu’on prenait pour un enthousiasme divin.

Les oracles de la Pythie n’étaient autre chose qu’une inspiration démoniaque, dit Leloyer, et ne procédaient point d’une voix humaine. Dès qu’elle entrait en fonction, son visage s’altérait, sa gorge s’enflait, « sa poitrine pantoisait et haletait sans cesse ; elle ne ressentait rien que rage ; elle remuait la tête, faisait la roue du cou, pour parler comme le poète Stace, agitait tout le corps et rendait ainsi ses réponses. »

Les prêtres de Dodone disaient que deux colombes étaient venues d’Égypte dans leur forêt, parlant le langage des hommes, et qu’elles avaient commandé d’y bâtir un temple à Jupiter, qui promettait de s’y trouver et d’y rendre des oracles. Pausanias conte que des filles merveilleuses se changeaient en colombes, et sous cette forme rendaient les célèbres oracles de Dodone. Les chênes parlaient dans cette forêt enchantée, et on y voyait une statue qui répondait à tous ceux qui la consultaient, en frappant avec une verge sur des chaudrons d’airain, laissant à ses prêtres le soin d’expliquer les sons prophétiques qu’elle produisait.

Le bœuf Apis, dans lequel l’âme du grand Osiris s’était retirée, était regardé chez les Égyptiens comme un oracle. En le consultant, on se mettait les mains sur les oreilles et on les tenait bouchées jusqu’à ce qu’on fût sorti de l’enceinte du temple ; alors on prenait pour réponse du dieu la première parole qu’on entendait.

Ceux qui allaient consulter en Achaïe l’oracle d’Hercule, après avoir fait leur prière dans le temple, jetaient au hasard quatre dés, sur les faces desquels étaient gravées quelques figures ; ils allaient ensuite à un tableau où ces hiéroglyphes étaient expliqués et prenaient pour la réponse du dieu l’interprétation qui répondait à la chance qu’ils avaient amenée.

Les oracles présentaient ordinairement un double sens, qui sauvait l’honneur du dieu et leur donnait un air de vérité, mais de vérité cachée au milieu du mensonge, que peu de gens avaient l’esprit de voir.

Théagène de Thase avait remporté quatorze cents couronnes en différents jeux, de sorte qu’après sa mort on lui éleva une statue en mémoire de ses victoires. Un de ses ennemis allait souvent insulter cette statue, qui tomba sur lui et l’écrasa. Ses enfants, conformément aux lois de Dracon, qui permettaient d’avoir action même contre les choses inanimées, quand il s’agissait de punir l’homicide, poursuivirent la statue de Théagène pour le meurtre de leur père ; elle fut condamnée à être jetée dans la mer. Les Thasiens furent peu après affligés d’une peste. L’oracle consulté répondit : Rappelez vos exilés. Ils rappelèrent en conséquence quelques-uns de leurs concitoyens ; mais la calamité ne cessant point, ils renvoyèrent à l’oracle, qui leur dit alors plus clairement : Vous avez détruit les honneurs du grand Théagène !… La statue fut remise à sa place ; on lui sacrifia comme à un dieu, et la peste s’apaisa.

On consultait l’oracle sur toutes choses. Euchidas, jeune Platéen, périt victime de son zèle pour son pays. Après la bataille de Platée, l’oracle de Delphes ordonna à ses compatriotes d’éteindre tout le feu qui était dans le pays, parce qu’il avait été profané par les barbares, et d’en venir prendre un plus pur à Delphes. Le feu fut éteint dans toute la contrée. Euchidas se chargea d’aller chercher celui de Delphes avec toute la diligence possible. En effet, il partit en courant et revint de même, après avoir fait mille stades dans un jour. En arrivant, il salua ses compatriotes, leur remit le feu sacré et tomba mort de lassitude. Les Platéens lui élevèrent un tombeau avec cette épitaphe : « Ci-gît Euchidas, mort pour être allé à Delphes et en être revenu en un seul jour. »

Philippe, roi de Macédoine, fut averti par l’oracle d’Apollon qu’il serait tué par une charrette : c’est pourquoi il commanda aussitôt qu’on fît sortir toutes les charrettes et tous les chariots de son royaume. Toutefois il ne put échapper au sort que l’oracle avait si bien prévu : Pausanias, qui lui donna la mort, portait une charrette gravée à la garde de l’épée dont il le perça. Ce même Philippe désirant savoir s’il pourrait vaincre les Athéniens, l’oracle qu’il consultait lui répondit : «Avec lances d’argent quand tu feras la guerre, Tu pourras terrasser les peuples de la terre».
Ce moyen lui réussit merveilleusement, et il disait quelquefois qu’il était maître d’une place s’il pouvait y faire entrer un mulet chargé d’or.

L’ambiguïté était un des caractères les plus ordinaires des oracles, et le double sens ne pouvait que leur être favorable. Ainsi, quand la Pythie dit à Néron : « Garde-toi des soixante-treize ans, » ce prince crut que les dieux lui annonçaient par là une longue vie. Mais il fut bien étonné quand il vit que cette réponse indiquait Galba, vieillard de soixante-treize ans, qui le détrôna.

Quelquefois les oracles ont dit des vérités. Qui les y contraignait ? On est surpris de lire dans Porphyre que l’oracle de Delphes répondit un jour à des gens qui lui demandaient ce que c’était que Dieu : « Dieu est la source de la vie, le principe de toutes choses, le conservateur de tous les êtres. Tout est plein de Dieu : il est partout. Personne ne l’a engendré : il est sans mère. Il sait tout, et on ne peut rien lui apprendre. Il est inébranlable dans ses desseins, et son nom est ineffable. Voilà ce que je sais de Dieu, ne cherche pas à en savoir davantage : ta raison ne saurait le comprendre, quelque sage que tu sois. Le méchant et l’injuste ne peuvent se cacher devant lui ; l’adresse et l’excuse ne peuvent rien déguiser à ses regards perçants. »

Dans Suidas, l’oracle de Sérapis dit à Thulis, roi d’Égypte : « Dieu, le Verbe, et l’Esprit qui les unit, tous ces trois ne sont qu’un : c’est le Dieu dont la force est éternelle. Mortel, adore et tremble, ou tu es plus à plaindre que l’animal dépourvu de raison. »

Le comte de Gabalis, en attribuant les oracles aux esprits élémentaires, ajoute qu’avant Jésus-Christ ces esprits prenaient plaisir à expliquer aux hommes ce qu’ils savaient de Dieu et à leur donner de sages conseils ; mais qu’ils se retirèrent quand Dieu vint lui-même instruire les hommes, et que dès lors les oracles se turent.

« On pensera des oracles des païens ce que l’on voudra, dit dom Calmet dans ses Dissertations sur les apparitions, je n’ai nul intérêt à les défendre, je ne ferai pas même difficulté d’avouer qu’il y a eu de la part des prêtres et des prêtresses qui rendaient ces oracles beaucoup de supercheries et d’illusions. Mais s’ensuit-il que le démon ne s’en soit jamais mêlé ? On ne peut disconvenir que, depuis le Christianisme, les oracles ne soient tombés insensiblement dans le mépris et n’aient été réduits au silence, et que les prêtres, qui se mêlaient de prédire les choses cachées et futures, n’aient été souvent forcés d’avouer que la présence des chrétiens leur imposait silence. »

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