Le 1er mars 1692, lancement de la Chasse aux Sorcières

Tout se déroule en 1692 dans le village de Salem (actuelle ville de Danvers – Massachusetts) et non dans la ville voisine de Salem où le procès contre des sorcières aura lieu.

Des petites filles accusent des femmes de les avoir envoûtées et d’être des sorcières ou des magiciennes, alliées de Satan. La communauté donne du poids à ces accusations et condamne les personnes mises en cause à avouer les faits de sorcellerie ou à être pendues.

Les accusations s’étendent rapidement, en moins de 60 jours, les communautés Andover, Amesbury, Salisbury, Haverhill, Topsfield, Ipswich, Rowley, Gloucester, Manchester, Malden, Charlestown, Billerica, Beverly, Reading, Woburn, Lynn, Marblehead, et Boston, condamnent pour sorcellerie homme et femme.

Arrestation d’une présumée sorcière, 1883 Howard Pyle

Ainsi, durant l’hiver de 1691/1692, Betty Parris et Abigail Williams se réunissent régulièrement pour jouer à des jeux de divination. Betty Parris est la fille de 9 ans du révérend Samuel Parris de la ville de Salem. Elle demande à la servante de la maison Parris, Tituba, de leur apprendre à lire l’avenir.

Lors d’une nouvelle séance de divination, une des jeunes filles dit avoir eu la vision d’un spectre. Cette dernière est prise d’une angoisse très forte et d’une paralysie au niveau respiratoire.

Suite à cela, Betty et sa cousine de 11 ans, Abigail, se mettent à agir étrangement : elles parlent une langue inconnue, se cachent, traînent des pieds en marchant, sont sujettes à des convulsions et des hallucinations.

Plusieurs médecins les consultent mais ils ne parviennent pas à identifier leur symptômes. L’un d’eux conclut à une possession satanique. Le révérend Samuel Parris et les autres notables de la ville pressent Betty et Abigail, puis les autres jeunes filles atteintes de manière identique, Ann Putnam, Betty Hubbard, Mercy Lewis, Susannah Sheldon, Mercy Short, et Mary Warren, à nommer ceux qui les ont maudites.

Les jeunes filles se rendent compte de l’aggravation de la situation et des actes non chrétiens qu’elles proféraient. Elles n’osent pas avouer qu’elles se sont elles-même adonnées à la sorcellerie. Elles se décident alors à donner des noms : Sarah Good, Sarah Osborne et Tituba :

  • Sarah Good est une mendiante, fille déshéritée d’une aubergiste française qui s’était donnée la mort quand Sarah était adolescente. Une femme dite louche car elle murmure quand on lui donne de la nourriture.
  • Sarah Osborne est une vieille femme, alitée, qui a suscité la réprobation générale en captant l’héritage des enfants de son premier mari pour le remettre à son nouvel époux.
  • Tituba est l’esclave de Samuel Parris. Elle est une Amérindienne Arawak et non une esclave noire. Capturée en Amérique du Sud alors qu’elle était enfant, elle a été emmenée à la Barbade et vendue comme esclave. Elle avait entre 12 et 17 ans lorsqu’elle entre au service de Samuel Parris.
Représentation de Tituba

Les trois femmes sont officiellement accusées de sorcellerie le 1er mars 1692 et mises en prison. Voyant que les crises « d’hystérie » se poursuivent malgré les arrestations, Betty et Abigail lancent d’autres accusations.

Dorcas Good, la fillette de Sarah Good, âgée de 4 ans; Rebecca Nurse, une grand-mère malade et pieuse; Abigail Hobbs; Deliverance Hobbs; Martha Corey; Elizabeth et John Proctor sont aussi accusés.

Witch Hill ou Le martyr de Salem (NY Historical Society) T. Slatterwhite Noble

D’après certaines études, les accusations de Betty et Abigail n’étaient pas lancées à la légères. En effet, les tensions sociales seraient à l’origine des accusations, notamment parce que la grande majorité des accusés vivaient à Salem, ville portuaire plus riche que Salem Village, beaucoup plus rurale.

Certains pensent que Betty et Abigail ont accusé des personnes qui avaient causé du tort à leur famille, comme la famille Nurse qui occupait des terres appartenant à la famille Perris.

Les prisons se remplissent, mais faute de gouvernement, les accusés ne peuvent être jugés. De ce fait, aucun procès n’a lieu avant la fin mai 1692, lorsque le gouverneur William Phips arrive et institue une Court of Oyer and Terminer, pour « entendre et décider ».

Sarah Osborne est déjà morte en prison sans avoir été jugée. Sarah Good a accouché d’une petite fille, et lorsque le pasteur est venu pour l’écouter se confesser, elle lui aurait dit : «Vous êtes un menteur. Je ne suis pas plus une Sorcière que vous n’êtes un Sorcier, et si vous me tuez, Dieu vous donnera du sang à boire».

Seule Tituba a avoué être une sorcière, les deux autres ont toujours plaidé leur innocence. Pendant l’été, la cour est en session une fois par mois. Une seule accusée est relâchée, après que les jeunes accusatrices se rétractent à son sujet.

Tous les procès se terminent par la condamnation à mort de l’accusé pour sorcellerie, aucun acquittement n’est prononcé. Seuls ceux qui plaident coupable et dénoncent d’autres suspects évitent l’exécution capitale.

Elizabeth Proctor, et une autre femme, bénéficient d’un sursis à exécution «parce qu’elles sont grosses», c’est-à-dire enceintes. Condamnées, elles seront pendues après la naissance de leur enfant.

Quatre exécutions ont lieu au cours de l’été, avec la pendaison de 19 personnes, parmi lesquelles : un ministre du culte respecté, un ancien policier qui a refusé d’arrêter davantage de prétendues sorcières, et trois personnes disposant d’une certaine fortune. Cinq des dix-neuf victimes sont des hommes ; la plupart des autres accusés sont de vieilles femmes misérables.

Une seule des mises à mort ne s’accomplit pas par pendaison. Giles Corey, un fermier âgé de 80 ans, refuse de se défendre. La loi prévoit dans ce cas l’application d’une forme de torture dénommée peine forte et dure, consistant à empiler une à une de larges pierres sur la poitrine du prévenu, jusqu’à l’écrasement. Giles Corey meurt après trois jours d’atroces douleurs.

Les procès en sorcellerie s’achèvent donc en octobre 1692. Les accusés sont progressivement mis en liberté jusqu’au printemps 1693. Officiellement, le gouverneur royal du Massachusetts, Sir William Phips, met un terme à la procédure après l’appel formé par le clergé bostonien mené par Increase Mather.

Celui-ci publie «Cases of Conscience Concerning Evil Spirits» (Cas de conscience regardant les esprits maléfiques) le 3 octobre 1692, dans lequel il est écrit : «Il apparaît préférable que dix sorcières suspectées puissent échapper, plutôt qu’une personne innocente soit condamnée».

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