« Les enjeux sociaux du rite : l’exemple de la fête d’Halloween »

Adrien Lherm, Historien, spécialiste de la civilisation américaine explique dans son article « Les enjeux sociaux du rite : l’exemple de la fête d’Halloween ».

Halloween : cette fête évoque en premier lieu toute une série d’images traditionnelles qui font figure de règles d’observance : jack-o’-lanterns décors gothiques, parades, quêtes et licence enfantines. 

Par là, la fête du 31 octobre fait figure de rite si on entend par rite, avec J. Cazeneuve, dans sa Sociologie du rite,

« un acte individuel ou collectif qui, toujours, lors même qu’il est assez souple pour comporter une marge d’improvisation, reste fidèle à certaines règles qui précisément constituent ce qu’il y a en lui de rituel »,

ie une action qui se signale par son allure stéréotypée, comportant de surcroît une dimension symbolique.

Et le même de conclure à la rigidité des rites. L’évolution de la célébration d’Halloween conduit à nuancer cependant ce cadre d’analyse : en effet les séquences et les éléments de la fête sont l’objet de transformations. Que signifient-elles ? J. Cazeneuve, à nouveau, en envisage le sens :

« si le mythe et le rite sont des systèmes symboliques, des langages renvoyant à des structures, il reste à savoir pourquoi les hommes ou les peuples ont recouru à ces langages plutôt qu’à d’autres. Il s’agit de savoir (…) ce que <le rite> a d’irremplaçable là où on l’observe ».

Ainsi, le rite apparaît aussi comme un support de signification dont il convient de décoder le message à la lueur du système plus général dans lequel il s’inscrit, afin de mieux comprendre, en définitive, les spécificités d’un peuple, ses grammaires culturelles, cet amont qui semble lui donner son sens. De fait Halloween présente un visage américain, symbole parmi d’autres de l’américanité, ce qui conduit à se demander ce qu’il révèle de cette spécificité culturelle.

Cependant, l’histoire de la fête invite à emprunter d’autres pistes. C’est un produit d’importation, qui n’a acquis sa pleine reconnaissance et son identité dans le paysage festif des États-Unis que dans le dernier quart du siècle passé. Qu’évoque le rite ? Un système préalable et stable dont il éclaire l’un des aspects ? Des enjeux plus circonstanciels ?

Il semble que l’on puisse déplacer l’analyse de ce rite ou de cet ensemble de rites du cadre général structuraliste qui explique son maintien aux circonstances conjoncturelles qui ont prévalu à son apparition, à sa transplantation outre-Atlantique ainsi qu’à ses reformulations successives : derrière ce changement – ce rétrécissement – de perspective (désormais explicitement fonctionnaliste) se dessinent des contextes, des acteurs, ainsi que des enjeux particuliers, qui peuvent faire de lui un objet éventuel de contestation(s) et d’évolutions ultérieures.

Les pratiques de la fête, relativement univoques dans les îles britanniques à l’époque moderne (I), une fois reformulées et adaptées à la société américaine de la fin du XIXe siècle (II), se démultiplient en usages particuliers, dont interprétations et enjeux s’avèrent contradictoires voire en compétition (III).

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