«I’m not a witch», la sorcellerie en Zambie

La réalisatrice zambienne Rungano Nyoni a mit en scène une enfance bafouée, accusée de sorcellerie. Pour de nombreux critiques, il s’agit d’un «beau film». Ce premier long-métrage a été réalisé par Rungano Nyoni, d’origine zambienne, elle vit actuellement au Portugal après avoir passé sa jeunesse au Pays de Galles.

– SPOILER – «I Am Not a Witch» est une histoire de sorcières dans la Zambie d’aujourd’hui. Le film s’ouvre sur un groupe de touristes blancs venus en safari-photo, qui s’arrêtent devant un zoo humain.

Ils voient y des femmes parquées. Ils demandent au guide le statut de ces personnes, et leur niveau dangerosité supposée. Ils prennent des photos et puis s’en vont. De l’autre côté de la grille, les femmes parquées, en uniforme bleu, sont des sorcières.

Le film va par la suite montrer ce qu’est une sorcière, à travers l’histoire de la petite Shula, 9 ans. Seule, sans attaches, sans parents, ni famille …  Cette fillette n’a pas de place dans l’ordre social. Les villageois lui ont attribué des pouvoirs maléfiques.

Ils vont lui faire deux propositions lors d’une cérémonie, où elle devra choisir entre s’enfuir dans la brousse et devenir une «chèvre», soit adopter l’état de sorcière, avec son uniforme et son long ruban blanc qui le relie à une bobine de fil géante, en signe de sa servitude.

Shula choisit alors d’intégrer la communauté des femmes en bleu. Officiellement devenue sorcière, la petite fille est, en raison de ces pouvoirs occultes qu’on lui prête, à rendre la justice. Vêtue d’une parure, posée sur une estrade, elle doit désigner, parmi la dizaine de suspects rassemblés devant elle, le coupable d’un vol de téléphone. Shula cherche, en vains.

Elle demande un téléphone et appelle ses amies les vieilles sorcières. Tandis que les hommes attendent son verdict, elle écoute ce qu’elles lui hurlent : « C’est le plus noir ! », « Celui qui regarde ses pieds ! », « Non ! C’est celui qui regarde en l’air ! »…  

«La Zambie est une marmite où l’on trouve de tout»

La réalisatrice Rungano Nyoni a rencontrée ces femmes en uniforme bleu et ruban blanc, dans un camp de sorcières au Ghana. Cette dernière a expliqué au London Evening Standard que «l’une d’elles a été accusée de sorcellerie par une femme qui, de retour d’une corvée d’eau, avait laissé tomber son seau alors qu’elle avait déjà parcouru plusieurs kilomètres. D’autres l’ont été sur la base d’un rêve fait par quelqu’un, une autre encore après qu’un enfant est tombé malade».

La réalisatrice explique son étonnement de voir «à quel point ces femmes (toutes âgées de plus de 60 ans) semblaient ‘normales’ : ‘Je m’attendais à ce qu’elles souffrent de troubles mentaux. Au lieu de cela, elles étaient très indépendantes».

Pour Rungano Nyoni, «la Zambie est une marmite où l’on trouve de tout. Il y a beaucoup d’accusations de sorcellerie à Lusaka et la police les prend au sérieux. Les policiers amènent les gens au poste et les interrogent».

Le film traite de sorcellerie d’une façon ambivalente. Sans la défendre, et s’en moquée, elle admet ne pas savoir «où se trouve la vérité. C’est peut-être vrai que des gens utilisent la magie noire pour faire du mal. Tout ce que je sais, c’est que la sorcellerie est liée à la misogynie et à l’exploitation».

Les femmes, une menace pour les hommes

Cette dernière explique au quotidien londonien que «les hommes se sentent menacés par les femmes. Lorsqu’on se sent menacé par quelque chose, une des réactions possibles est de vouloir le détruire».

Les femmes (souvent celles en situation de vulnérabilité, comme les veuves) deviennent alors des boucs émissaires responsables des maux de la société.

Les camps de sorcières, sont des endroits, ayant «tous un point commun : ils avaient été touchés par une grave sécheresse. L’hiver entraînait le même phénomène en Europe (par le passé) : quand la nourriture se faisait rare, les accusations de sorcellerie apparaissaient».

Nota Bene.

Ce film a plusieurs connotations fortes et posent un regard sur : la servitude volontaire, la liberté, la condition des femmes dans les sociétés patriarcales africaines,  les femmes arrachées au monde, stigmatisées à vie, mises au service de pouvoirs obscurs, l’enfance bafouée, …

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