Exemples de pratiques divinatoires en Chine

Au-delà de la divination par écaille de tortue, les chinois pratiquaient plusieurs types de techniques divinatoires. Ces pratiques divinatoires sont tirées du Manuel des superstitions chinoises, par le P. Henri DORÉ, S. J. (1859-1931), édité en 1926, et traité dans le cadre de la collection « Les classiques des sciences sociales« , par Pierre Palpant, collaborateur bénévole.

Hien p’ai, vulgo han p’ai, la bonne aventure tirée par un oiseau

Certains diseurs de bonne aventure se servent d’un oiseau patiemment formé à ce manège, pour tirer des billets sur lesquels ils lisent l’avenir de leurs clients. Les billets enroulés sont posés sur une table, le devin ouvre la porte d’une cage, d’où sort un oiseau qui va becqueter un des petits rouleaux de papier. Le premier qu’il touche est celui qui contient le destin de celui qui vient faire dire sa bonne aventure.

Tch’é tse, tirer les caractères

Deux manières principales :

  1. Le devin est assis devant une table à la porte des villes ou dans les carrefours des rues.

Sur la table sont des rouleaux de papier sur lesquels est écrit un caractère. L’intéressé arrive, en choisit un au hasard pour savoir si telle ou telle affaire réussira ou non, si la maladie guérira ou non, si tel jour est favorable ou non pour un projet déterminé.

Le rouleau est remis au devin, qui dissèque le caractère et en tire un pronostic faste ou néfaste.

  1. L’intéressé écrit lui-même un caractère à son choix, puis demande au devin ce qu’il en pense, relativement à telle décision à prendre.

Soan ming, le diseur de bonne aventure.

Les diseurs de bonne aventure chinois sont bien souvent des aveugles, qui y trouvent leur gagne pain. Ils parcourent les rues en raclant leur violon, et supputent l’avenir à l’aide des pa-tse ou huit caractères de leur client. Les professionnels dans les villes ont recours à des méthodes plus compliquées, ils apprennent de mémoire des livres entiers traitant des lois de la divination, et rédigent même une feuille où sont consignés les motifs de leur conclusion

Pou koa, jeter les sorts

Pratique très répandue. On se sert de deux morceaux de bois ou de corne taillés en forme de coquille d’huître allongée. Cet instrument, appelé kiao ou pei-kiao, est fait le plus souvent en racine de bambou. Il peut avoir un ou deux pouces de largeur sur trois ou cinq pouces de longueur.

L’individu qui jette les sorts va se prosterner devant une idole, réunit les deux morceaux, les passe en rond autour de la gerbe d’encens qui brûle devant le poussah, puis les jette à terre au pied de l’autel.

Il regarde s’il y a pile ou face, c’est à dire si la partie bombée est tournée en haut ou en bas, et suivant des règles établies pour ce genre de sorts, il conclut que sa prière est exaucée ou non.

  1. Les deux parties bombées tournées en haut, c’est : non.
  2. Les deux parties planes tournées en haut, c’est : indifférent.
  3. Une partie plane et une partie bombée tournées en haut, c’est : oui.

Il y a des opuscules indiquant les diverses conclusions qu’on peut tirer d’après la situation des morceaux de bois tombés à terre. Ce genre de divination se fait non seulement dans les pagodes devant les poussahs, mais très souvent dans les demeures des gens du peuple, toutes les fois que l’on doit prendre une décision importante.

Les paysans fendent en deux une grosse racine de bambou, la taillent sommairement, et obtiennent ainsi sans frais un instrument de divination.

Tchou ko kin ts’ien koa, divination de Tchou ko Liang

Manière populaire de connaître l’avenir ou une chose cachée. La méthode est très simple : il suffit de choisir cinq sapèques et de les jeter au hasard, sur une table ou sur le sol, puis de regarder combien de sapèques pile, combien de sapèques face. Il y a 32 combinaisons possibles ; elles sont toutes indiquées dans un petit opuscule, et chacune d’elles a sa glose expliquant, la bonne fortune ou la malchance, répondant oui ou non à la question posée, laissant entrevoir le succès ou l’insuccès de la chose proposée.

Wen Wang k’o la divination de Wen Wang.

Le principe est le même ; on emploie seulement trois sapèques. Quatre combinaisons possibles :

  1. Les trois sapèques face : kiao, ‘chance’.
  2. Les trois sapèques pile : tchong, ‘malchance’.
  3. Deux face et une pile : tan, ‘passable’.
  4. Deux pile et une face : tch’é, ‘presque mal’.

On peut aussi figurer chacune de ces combinaisons par un des trigrammes de Fou Hi, et ainsi prévoir l’avenir avec les méthodes de divination par les pa-koa. Le nombre d’expériences rituel est fixé à six fois. Ces six coups combinés donnent la réponse définitive.

La divination par les pa-koa

Les lettrés usent très fréquemment de cette méthode à l’aide du I-king, Livre des Mutations. Ils jettent les sorts pour connaître le n° de l’hexagramme à consulter. Le sort ayant désigné celui des 64 hexagrammes qui donnera la réponse à la question posée, ils examinent attentivement les deux trigrammes composants, le supérieur et l’inférieur. Il ne reste plus qu’à voir si la mutation du trigramme inférieur au trigramme supérieur est faste ou néfaste, par rapport à la question pendante. Les esprits forts, les grands mandarins, Li Hong tchang et autres, ont tous usé et abusé de ce genre de divination. L’incrédule Tchou Hi était un des plus fervents.

Lou jen, k’o , la divination des six jen

C’est la divination cyclique etc… (k’i men toen kia k’o par la combinaison des troncs célestes et des rameaux terrestres. Le sort désigne les caractères du cycle duodécimal à unir aux caractères du cycle décimal, et on en tire bon ou mauvais présage.

K’ieou-ts’ien (tch’eou-ts’ien), tirer les fiches.

Un des membres de la famille du malade va à la pa­gode, brûle de l’encens devant la statue du poussah, fait de profondes prostrations, puis prend un tube en bambou dans lequel sont des fiches divinatoires, ts’ien, agite le tube en tournant, jusqu’à ce qu’une fiche vienne à tomber. Il la donne au bonze, qui consulte le cahier souche au numéro indiqué par la fiche. Là se trouvent écrits un quatrain et un remède pour la maladie ; on s’expose ainsi à faire usage d’un remède diamétralement opposé ou au moins inutile, à l’infirmité dont souffre le malade.

Siang-mien, le physiognomisme

Les physiognomistes sont très nombreux en Chine, et peu de Chinois païens résistent à la tentation de connaître le présage qu’ils tireront de l’inspection des traits de leurs visage, de la longueur de leurs bras, de la grosseur de leurs os, de la disposition de leurs sourcils, ou de la figure formée par les plis de la paume de la main. Beaucoup sont convaincus que ces caractéristiques du corps humain influent inévitablement sur l’état de fortune, la santé, le bonheur ou le malheur des hommes.

Les marchands de remèdes venus du nord avec leurs chameaux trouvent dans cette industrie la meilleure source de leur profits. L’examen du visage devant un chameau est un moyen certain de connaître l’avenir d’une personne. Les paysans donnent volontiers une somme assez rondelette pour expérimenter le procédé.

Les tables tournantes

Des talismans sont collés sur les pieds de la table ; les gens désireux d’obtenir un oracle appuient les mains sur la table et elle se soulève, frappant un certain nombre de coups suivant les questions posées et les conventions fixées.

Les pinceaux formant des caractères

A certaines grandes fêtes païennes, dans des temples célèbres, on raconte que des réponses sont écrites au moyen d’un pinceau fixé à une table ou à un instrument quelconque. Ces pratiques sont courantes parmi les taoïstes et même dans certains temples bouddhistes. Récemment, à Chang hai, on a pu voir un pinceau monstre qui, mis en mouvement, écrivait des caractères en réponse aux questions posées. Supercherie ou non, les faits existent certainement.

Koan wan, pénétrer [chez les] morts ; tseou-tch’ai, aller [comme] délégué [chez les morts].

Par l’entremise d’un ‘médium’, qui est censé descendre dans les régions inférieures, ou du moins converser avec l’âme des défunts, on interroge sur l’avenir. Le ‘médium’, généralement une matrone taoïste, s’agenouille devant une idole, se couvre le visage, passe dans le monde inférieur (kouo-in), puis converse avec les mânes des morts, les interroge sur la fortune, la santé, la longueur de la vie de telle ou telle personne.

Plus souvent, les questions roulent sur l’état et les besoins de l’âme dans l’autre monde, sur les aumônes en nature ou en papier monnaie qu’il serait utile de lui faire parvenir, afin d’améliorer sa situation.

Les vieilles femmes tao-niu qui font métier d’évoquer les morts, tchao-wang, choisissent quelque fois certains jeunes gens nerveux, les hypnotisent et les forment peu à peu à entrer soi-disant en relation avec les défunts. J’en ai connu au moins un exemple certain.

Tché je-tse, k’an je-tse, le choix des jours

Les jours favorables et les jours néfastes sont minutieusement consignés dans le calendrier Hoang li, qui paraissait chaque année avec approbation de l’État, jusqu’à la fin de la dynastie des Ts’ing. La République a changé cette vieillerie, mais il en paraît encore furtivement, et le peuple à l’intérieur des provinces, continue à s’en servir pour choisir les bons jours et éviter les jours néfastes, surtout s’il s’agit de se mettre en voyage, de bâtir une maison, de réparer le fourneau, d’appeler le tailleur ou de faire un enterrement, un mariage.

Une foule de petits lettraillons en quête d’existence, font profession d’indiquer les bons jours aux passants, à l’entrée des villes, à la porte des pagodes et dans les carrefours des rues.

Notre ancien vice roi des deux Kiang, nommé Tcheou Fou, dut toute sa fortune à sa bonne chance d’avoir indiqué un bon jour à Li Hong tchang  , pour livrer bataille aux Tch’ang mao. Li fut victorieux et patronna puissamment son petit devin, qui monta de degré en degré aux plus hautes dignités. Comme souvenir de son ancien métier, le vice roi Tcheou Fou garda toujours les pa koa sur ses drapeaux. Il se servait en effet des pa koa pour trouver les jours fastes. D’autres se servent de l’astrologie.

Les astrologues prédisent l’avenir

Ils indiquent les jours favorables ou néfastes, supputent la santé, la maladie ou la mort, d’après la position des astres et après connaissance préalable de l’étoile sous laquelle un individu est né. Quelquefois ils changent l’étoile, afin d’écarter l’adversité qui résulterait infailliblement de par héritage de naissance. Ils inventent cent drôleries pour bénéficier de la crédulité humaine.

Tchan choei-wan, chou tchou, planter les bâtonnets

Quand les enfants sont malades, les mères de famille prennent trois bâtonnets, les enfoncent perpendiculairement dans un bol d’eau, les tournent en posant des questions. Pourquoi mon enfant est il malade ? Quelque défunt veut-il se venger ? Est ce un mort de la famille ? Que faut il lui envoyer dans l’autre monde pour l’apaiser ? Mon enfant guérira t il ? La maladie est elle grave ? etc. Ce disant, elle font tournoyer leurs bâtonnets en les tenant bien droits, jusqu’à ce qu’elles parviennent à les faire tenir debout un instant. La question qu’elles posent au moment même se trouve ainsi résolue par l’affirmative.

Ta che, tirer un horoscope

Voilà un des moyens populaires de connaître l’avenir sans frais. L’opérateur tient sa main gauche ouverte, bien étendue, sans se préoccuper du pouce ni du petit doigt, fixant son attention sur les jointures des doigts médians. (3×3=9jointures ; mais les 3 jointures inférieures ne sont pas utilisées.)

Voilà son instrument de divination.

Sur ces jointures, il compte le nombre de mois ; le nombre de jours, le nombre d’heures, marquant la date précise de l’affaire dont il veut avoir connaissance. La dernière jointure où s’arrête le dernier nombre indiquera la solution. Car chacune des 6 jointures a un cliché correspondant bon ou défavorable. Exemple. J’ai perdu un objet à la IIIe lune, le 4e jour, à la 5e heure. Pourrai-je le retrouver?

Comptons sur les jointures : 3 pour la lune, 4 pour les jours, 5 pour les heures : on s’arrête ainsi sur la dernière jointure, la 12e, siao ki, petite chance.

Voici les six clichés pour les six jointures, en commençant par l’index :

  • Ta ngan, parfaite paix
  • Lieou lien, un peu de patience
  • Sou hi, prompte joie
  • Tch’e k’eou, mécomptes (bouche rouge)
  • Siao ki, petite chance
  • K’ong wang, vide et mort

Tch’eou-p’ai, tirer les cartes

Sur des cartes tirées au hasard après avoir prié le poussah, brûlé de l’encens, fait les prostrations rituelles, on trouve écrite ou indiquée par des emblèmes, la réponse à une question posée.

Interroger  Yuen-koang

On demande à ce génie qui est l’auteur d’un vol, qui a mis le feu à une maison, qui a fait tel mauvais coup. Avec un bol d’eau, ou avec un miroir, ou avec une coquille d’œuf, ou même sur le bord d’un canal ou d’une pièce d’eau, on demande à voir la figure du coupable apparaître dans le lieu où on fixe son regard. Si la figure n’apparaît pas, on demande à voir au moins les habits qu’il portait au moment du crime. Si le coupable a soin d’entrer dans les lieux d’aisance, il échappe sûrement aux recherches de Yuen-koang.

‘Kiang-ki’  (Ts’ing San-kou-niang).

Dans la nuit du 29 de la XIIe lune, ou du 9 ou 15 de la 1e, les gens de Hai-men (Kiang sou) interrogent San kou, (alias Tse kou chen), la déesse des Latrines, pour savoir si l’année sera bonne ou mauvaise. Un fen ki (panier à balayures etc…) en bambou ╓106 est lié à une balance chinoise (sorte de romaine) ; sur le côté opposé on place un bonnet de femme (bandeau annulaire). Deux hommes prennent les extrémités de la tige de la balance, la portent dans les cabinets d’aisances avec le fen ki, et invitent San kou à venir à la maison. Sur une table, on a étendu une couche de riz ou de cendre ; les deux hommes tournent lentement le fen ki renversé, et prient San kou de bien vouloir écrire, avec le bout du bandeau, la réponse aux questions posées, v.g. : Le riz sera t il bon ? Le maïs sera t il abondant ? Aurons nous une bonne récolte de lai-mé (sorte de blé seigle) ? L’année sera t elle sèche ou pluvieuse ? etc. La matrone est ensuite reconduite aux W. C., non sans avoir reçu les remerciements des interrogateurs.

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