Les druides, définis par …

Mages, élite intellectuel des Celtes, ministre du culte, théologien, philosophe, gardien du Savoir et de la Sagesse, historien, juriste, conseiller militaire du roi et de la classe guerrière, un druide ne manque d’appellation et de fonction.

Allanon, le druide de Shannara
Allanon, le druide de Shannara

D’après Christian-J. Guyonvarc’h et Françoise Le Roux, Les Druides, « les druides ont dans leurs attributions tout ce qui concerne :

  • la religion (croyances, sacrifices, cultes),
  • la justice (droit public et privé),
  • l’enseignement et la transmission du savoir traditionnel ».

Il existe une science appelée, le druidecht signifiant « druidisme, science du druide ».  

Définitions d’un druide, selon …

– Jules César, Guerre des Gaules, VI, 12-15

Les druides

« veillent aux choses divines, s’occupent des sacrifices publics et privés, règlent toutes les choses de la religion. Un grand nombre de jeunes gens viennent s’instruire chez eux et ils bénéficient d’une grande considération. Ce sont eux en effet qui tranchent tous les différends, publics et privés, et si un crime a été commis, s’il y a eu meurtre, s’il s’élève une contestation relative à un héritage ou à des limites, ce sont eux qui décident, évaluent les dommages et les peines ; si un particulier ou un peuple n’accepte pas leur décision, ils lui interdisent les sacrifices.

Deux druides, d'après une illustration de Antiquitas explanatione et schematibus illustrata (Bernard de Montfaucon, 1719).
Deux druides, d’après une illustration de Antiquitas explanatione et schematibus illustrata (Bernard de Montfaucon, 1719).

Cette peine est chez eux la plus grave. Ceux à qui l’interdiction est faite sont considérés comme impies et criminels : on s’en éloigne, on fuit leur contact et leur fréquentation, de crainte d’être atteint d’un mal très grave en les fréquentant. Leurs demandes en justice ne sont pas admises et il ne leur est accordé aucun honneur.

A tous ces druides est supérieur un seul d’entre eux, lequel exerce l’autorité suprême. A sa mort, si l’un d’eux l’emporte en dignité, il lui succède : si plusieurs sont égaux, ils se disputent le principat par le suffrage des druides et quelquefois par les armes. A une certaine époque de l’année, ils se réunissent en un lieu consacré du pays des Carnutes que l’on tient pour le centre de la Gaule. Là viennent de toutes parts tous ceux qui ont des contestations et ils se soumettent à leurs avis et à leurs jugements.

Leur doctrine a été élaborée en Bretagne, et de là, pense-t-on, apportée en Gaule, et aujourd’hui encore la plupart de ceux qui veulent mieux connaître cette doctrine partent là-bas pour l’apprendre. Les druides ont coutume de ne pas aller à la guerre et de ne pas payer d’impôts comme en paient le reste des Gaulois. Ils sont dispensés de service militaire et libres de toute espèce d’obligation.

Poussés par de si grands avantages, beaucoup viennent, de leur propre chef, se confier à leur enseignement et beaucoup sont envoyés par leurs parents et leurs proches. On dit qu’ils apprennent là par cœur un très grand nombre de vers : certains restent donc vingt ans à leur école. Ils sont d’avis que la religion interdit de confier cela à l’écriture, comme on peut le faire pour tout le reste, comptes publics et privés dans lesquels ils se servent de l’alphabet grec.

Il me semble qu’ils ont établi cet usage pour deux raisons, parce qu’ils ne veulent, ni répandre leur doctrine dans le peuple, ni que ceux qui apprennent, se fiant à l’écriture, négligent leur mémoire, puisqu’il arrive le plus souvent que l’aide des textes a pour résultat moins d’application à apprendre par cœur et moins de mémoire.

Ce dont ils cherchent surtout à persuader, c’est que les âmes ne périssent pas, mais passent après la mort d’un corps dans un autre : cela leur semble particulièrement propre à exciter le courage en supprimant la peur de la mort. Ils discutent aussi beaucoup des astres et de leurs mouvements, de la grandeur du monde et de la terre, de la nature des choses, de la puissance et du pouvoir des dieux immortels, et ils transmettent ces spéculations à la jeunesse ».

– Strabon, Géographie IV, 4 

« Dans tous les peuples gaulois, généralement parlant, trois classes jouissent d’honneurs exceptionnels, les Bardes, les Vates et les Druides. Les bardes sont des chantres sacrés et des poètes, les vates assument les offices sacrés et pratiquent  les sciences de la nature, se consacrent à la partie morale de la philosophie. Ces derniers sont considérés comme les plus justes des hommes et on leur confie à ce titre le soin de juger les différends privés et publics. Ils avaient même autrefois à arbitrer des guerres et pouvaient arrêter les combattants au moment où ceux-ci se préparaient à former la ligne de bataille, mais on leur confiait surtout le jugement des affaires de meurtre. Lorsqu’il y a abondance de ces dernières, c’est, estimentils, que l’abondance est promise à leur pays. Ils affirment – et d’autres avec eux – que les âmes et que l’univers sont indestructibles, mais qu’un jour le feu et l’eau prévaudront sur eux ».

– Diodore de Sicile, Histoires V, 31, 2-5 

« Il y a chez eux (…) des philosophes et des théologiens à qui sont rendus les plus grands honneurs et qui se nomment druides. En outre ils  se servent de devins à qui ils accordent une grande autorité. Ces devins prédisent l’avenir par l’observation des oiseaux et par l’immolation des victimes. Ils tiennent toute la population dans leur dépendance. Mais c’est quand ils consultent les présages pour quelques grands intérêts qu’ils suivent surtout un rite bizarre, incroyable. Après avoir consacré un homme, ils le frappent avec une épée de combat dans la région au-dessus du diaphragme et, quand la victime est tombée sous le coup, ils devinent l’avenir d’après la manière dont elle est tombée, l’agitation des membres et l’écoulement du sang. C’est un geme d’observation ancien, longtemps pratiqué et en lequel ils ont foi.

La coutume est chez eux que personne ne sacrifie sans l’assistance d’un philosophe car ils croient devoir user de l’intermédiaire de ces hommes qui connaissent la nature des dieux et parlent, pourrait-on dire, leur langue, pour leur offrir des sacrifices d’actions de grâces et implorer leurs bienfaits. Non seulement dans les nécessités de la paix mais encore et surtout dans les guerres on se confie à ces philosophes et à ces poètes chantants, et cela amis comme ennemis. Souvent sur les champs de bataille, au moment où les armées s’approchent, les épées nues, les lances en avant, ces bardes s’avancent au milieu des adversaires et les apaisent, comme on fait des bêtes sauvages avec des enchantements. Ainsi chez les barbares les plus sauvages la passion cède à la sagesse et Arès respecte les Muses ».

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– Pline l’Ancien, Historia Naturalis XVI, 249 

« On ne doit pas oublier dans ces sortes de choses la vénération des Gaulois. Les druides, car c’est ainsi qu’ils appellent leurs mages, n’ont rien de plus sacré que le gui et l’arbre qui le porte, supposant toujours que cet arbre est un chêne. A cause de cet arbre seul ils choisissent des forêts de chênes et n’accompliront aucun rite sans la présence d’une branche de cet arbre, si bien qu’il semble possible que les druides tirent leur nom du grec.

Ils pensent en effet que tout ce qui pousse sur cet arbre est envoyé par le ciel, étant un signe du choix de l’arbre par le dieu en personne. Mais il est rare de trouver cela et, quand on le trouve, on le cueille dans une grande cérémonie religieuse, le sixième jour de la lune – car c’est par la lune qu’ils règlent leurs mois et leurs années, et aussi leurs siècles de trente ans – et on choisit ce jour parce que la lune a déjà une force considérable sans être encore au milieu de sa course. Ils appellent le gui par un nom qui est : celui qui guérit tout.

Vêtu d’une robe blanche, le prêtre monte à l’arbre et coupe avec une faucille d’or le gui qui est recueilli par les autres dans un linge blanc. Ils immolent alors les victimes en priant la divinité qu’elle rende cette offrande propice à ceux pour qui elle est offerte. Ils croient que le gui, pris en boisson, donne la fécondité aux animaux stériles et constitue un remède contre tous les poisons. Tel est le comportement religieux d’un grand nombre de peuples à l’égard de choses insignifiantes ».

Hippolyte, Philosophumena I, XXV

« Les druides des Celtes ont assidument étudié la philosophie de Pythagore, étant incités à cette étude par Zalmox.is, l’esclave de Pythagore, Thrace de naissance, qui vint dans ces contrées après la mort de Pythagore et leur fournit l’occasion d’étudier le système philosophique. Et les Celtes croient en leurs druides comme voyants et comme prophètes parce qu’ils peuvent prédire certains événements par le calcul et l’arithmétique des Pythagoriciens. Nous ne passerons pas sous silence les origines de leur doctrine puisque certains ont cru pouvoir distinguer chez ces gens plusieurs écoles de philosophie. En effet les druides pratiquent aussi les arts plastiques ».

– Pomponius Mela, De Chorographia III, 2, 18

« Il reste encore des traces d’une sauvagerie abolie, et bien qu’ils s’abstiennent de massacres extrêmes, il n’en reste pas moins qu’ils tirent du sang des victimes conduites aux autels. Ils ont cependant leur propre sorte d’éloquence et des maîtres de sagesse qu’on appelle druides. Ils prétendent connaître la grandeur de la terre et du monde, et ce que veulent les dieux. Ils enseignent beaucoup de choses aux nobles de Gaule, en cachette, pendant vingt ans, soit dans des cavernes, soit dans des bois retirés. Une de leurs doctrines s’est répandue dans le peuple, à savoir que les âmes sont immortelles et qu’il y a une autre vie chez les morts, ce qui les rend plus courageux à la guerre. C’est pour cette raison aussi qu’ils brûlent ou enterrent avec leurs morts tout ce qui est nécessaire à la vie : jadis ils remettaient à l’autre monde le réglement des affaires et le paiement des dettes. Il y en avait même qui se jetaient sur le bûcher de leurs proches comme s’ils allaient vivre avec eux ».

– Lucain, De Bello Civili I, 454-462

« D’après vous, les ombres ne gagnent pas le séjour silencieux de l’Erèbe et les pâles royaumes de Dispater, le même esprit gouverne un corps dans un autre monde. Si vous savez ce que vous chantez, la mort est le milieu d’une longue vie. Certes, les peuples qui regardent la Grande Ourse sont heureux dans leur erreur, parce que la crainte de la mort, la plus grande des craintes, ne les émeut pas. De là, chez leurs guerriers, un cœur prompt à se jeter sur le fer, et cette âme qui sait mourir, parce qu’il est honteux de ménager une vie qui doit revenir ».  

– Historia Naturalis XXX, 13

« (La magie) a été maîtresse en Gaule, et cela même jusqu’à un temps dont nous nous souvenons. Car c’est au temps de l’Empereur Tibère qu’un sénatus-consulte abolit leurs druides et toute la race des vates et des médecins. Mais pourquoi ferais-je mention de tout cela à propos d’une coutume qui a passé l’Océan et qui a gagné les régions les plus éloignées de la terre ? Aujourd’hui la Bretagne est encore sous l’empire de la magie et elle en accomplit les rites avec tant de cérémonie qu’il semblerait que c’est elle qui en apporta le culte aux Perses. C’est ainsi que des peuples du monde entier s’accordent sur un même point, bien qu’ils soient différents et qu’ils s’ignorent. On ne peut savoir assez de gré aux Romains pour avoir supprimé ces cultes monstrueux, dans lesquels tuer un homme était un geste de grande dévotion et manger sa chair une action bénéfique ».

– Timagène chez Ammien Marcellin XV, 9

« Cependant l’étude des sciences dignes d’estime commencée chez les bardes, les vates et les druides, a été menée par des hommes cultivés. Les bardes ont chanté aux doux accents de la lyre, composant des vers héroïques sur les exploits des plus braves; les vates se sont efforcés par leur recherche d’accéder aux événements et aux secrets les plus hauts de la nature; parmi eux les druides l’emportent par leur génie, ainsi que l’autorité de Pythagore en a décidé ».

– Dictionnaire infernal de J. Collin De Plancy, 1844

« Prêtres des Gaulois. Ils enseignent la sagesse et la morale aux principaux personnages de la nation. Ils disaient que les âmes circulaient éternellement de ce monde-ci dans l’autre ; c’est-à-dire que ce qu’on appelle la mort est entrée dans l’autre montre monde, et ce qu’on appelle la vie en est la sortie pour revenir de ce monde-ci (Diodore de Sicile). – Les druides d’Autun attribuaient une grande vertu à l’oeuf de serpent ; ils avaient pour armoiries dans leurs bannières, d’azur à la coudée de serpents d’argent, surmontée d’un gui de chêne garni de ses glands de sinople. Le chef des druides avaient des clefs pour symbole (Saint-Foix, Essais, etc., t. II.) – Dans la petite île de Sena, aujourd’hui Sein, vis-à-vis la côte de Quimper, il y avait un coolège de druidesses, que les Gaulois appellent Senes (prophétesses). Elles étaient au nombre de 9, gardaient une perpétuelle virginité, rendaient des oracles, et avaient le pouvoir de retenir les vens et d’exciter les maladies les plus invétérées et prédire l’avenir. Il y avait d’autres druidesses qui se mariaient, mais elles ne sortaient qu’une fois dans l’année, et ne passaient qu’un seul jour avec leurs maris (Saint-Foix, Essais sur Paris, t. III, p.384.)

A lire … Druide, définition de l’encyclopédie de Diderot et d’Alembert  

 

 

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