Yurei, d’esprits à revenants

D’après les croyances populaires japonaises, la mort d’une personne, puis la disparition de son enveloppe charnelle (nikutai) ne signifie pas nécessairement la fin de son existence, car certaines personnes restent dans ce monde.

Tsukioka Yositoshi's "Yūrei" (wikimedia)
Tsukioka Yositoshi’s « Yūrei » (wikimedia)

Yūrei signifie littéralement « esprit évanescent » ou « esprit indistinct » (wikipedia), ou plus généralement fantôme. Les yūrei peuvent aussi être appelés borei (« esprit trépassé« ) ou shiryo (« esprit mort »). Les yūrei peuvent également être classés parmi les yōkai, faisant référence à des monstres et créatures surnaturelles non-humaines, ce ne sont donc pas les esprits des défunts.

La frontière entre yōkai et yūrei est cependant assez floue. Dans les croyances traditionnelles japonaises, lorsqu’une personne décède son âme quitte son corps et attend dans un « purgatoire ». Pour permettre à l’âme de rejoindre le monde des esprits, auprès de ses ancêtres, afin de veiller sur les descendants, des rites funéraires sont organisés.

Mais si les rites funéraires n’ont pas été réalisées, ou s’ils l’ont été de façon incorrecte ; la personne est morte d’une façon violente ou subite ; la personne est morte en étant animée d’émotions intenses comme la haine, le désespoir ou l’amour ; son âme va rester accrocher au monde des vivants, sous la forme d’un yūrei.

Ce dernier va rester attaché à un endroit spécifique, comme le lieu de la mort ou là où le corps repose. Il est dit que la forêt d’Aokigahara, située au pied du Mont Fuji, est hantée car de nombreuses personnes viennent se suicider. Un yūrei peut poursuivre une personne particulière, comme son meurtrier ou son amant.  Les yūrei apparaissent généralement aux personnes touchées par le sort.

La légende populaire raconte que les yūrei se manifestent entre 2h et 3h du matin, qui sont traditionnellement les heures indues (heure à laquelle il ne convient pas de faire quoique ce soit) au Japon. Ils sont surtout le plus actifs durant l’été.

Il existe de nombreux contes fantastiques (kaidan) relatant l’histoire de ces yurei, également considérés comme des revenants. Ils sont si connus qu’une journée est consacrée aux fantômes, le 26 juillet.

Ce jour a été choisit car la pièce Tokkaidō yotsuya kaidan a été produite sur scène pour la première fois, le 26juillet 1825, au petit théâtre de Nakamura-za. Cette pièce raconte l’une des histoires de fantôme les plus célèbres du Japon.

Un yurei est généralement représenté par « une femme à la chevelure désordonnée sous un capuchon triangulaire, dans une robe flottante sans pieds« . Cette image est la description archétypale du yūrei, omniprésente au théâtre et dans les maisons hantées.

La légende dit que ceux qui sont morts au combat ne se transforment pas, à l’instar des soldats tombés dans le Heike monogatari ou des morts lors de grandes batailles, ils conservent l’apparence du moment de leur mort.

Il existe différents types de yūrei (Encyclopédie du paranormal)

– Onryo sest un personne voulant se venger d’un mal qui lui a été infligé lorsqu’il était vivant. De sexe féminin, les femmes, trompées et violentées par les hommes durant leur vie tourmentent les hommes, une fois morte. Ce type de yurei est présent dans les films d’épouvantes japonais modernes

– Ubume sont des femmes mortes alors qu’elles étaient enceintes ou que leur enfant était encore en bas-âge.

– Goryō sont généralement des nobles, des chefs de clans, des samouraïs, des seigneurs pouvant provoquer des tremblements de terre, des typhons ou encore des sécheresse, d’après la croyance datant de la période Heian (794 – 1185 ap. J.C.). Goryō peuvent être malfaisants, même s’ils sont généralement pacifiques et cherchent seulement à raconter leur histoire et leurs exploits, pour que leur nom puisse passer à la postérité.

– Funayūrei sont des personnes noyées en mer, souvent confondus avec l’Umibōzu. Ils s’approchent des bateaux et demandent un hishaku, sorte de baquet utilisée pour enlever l’eau du bateau. Si le funayūrei l’obtient, il l’utilise pour remplir l’embarcation d’eau de mer jusqu’à ce qu’elle coule.

Il existe de nombreuses créatures fantomatique dans la culture japonaise. Il y a les yokai, qui sont considérées comme des monstres n’ayant rien d’humain, ou comme les esprits de personnes décédées (yūrei). L’Umibōzu, du Zashiki-warashi, et différents monstres féminins comme la Kuchisake-onna, la Rokurokubi et la Futakuchi-onna.

Maruyama Ōkyo's "The Ghost of Oyuki" (wikimedia)
Maruyama Ōkyo’s « The Ghost of Oyuki » (wikimedia)

Dans l’imaginaire collectif, le premier à avoir dépeint ces yūrei fut Maruyama Ōkyo au cours de l’époque Edo. Cependant, avant la naissance de Maruyama Ōkyo, une gravure d’un livret de jōruri, intitulée Kazaninkisakiarasohi, datée de 1673, montre un yūrei dépourvu de jambes.

Il s’agit de la plus vieille illustration connue d’un yūrei de ce type. Cette gravure est une référence, faisant de ce fantôme, un être sans jambes. La représentation picturale de ces yūrei par Maruyama, fameuse, a exercé une grande influence sur les artistes postérieurs.

Le seul moyen de faire disparaître un yūrei est de lui apporter le repos, soit en réalisant les rites funéraires manquants, soit en apaisant d’une façon ou d’une autre les émotions qui l’agitent. Il faut parfois faire appel à un prêtre bouddhiste, à un ascète ou à un miko (médium) pour réaliser un rituel d’exorcisme.

Les Yūrei sont effrayés par les Ofuda, des talismans de papier, de tissus ou de bois sur lesquels est inscrit le nom d’une divinité protectrice. Les Ofuda sont traditionnellement placés sur les portes d’entrées, les piliers. des maisons ou des temples, afin de les protéger du mauvais oeil et d’empêcher les fantômes d’entrer. Un yūrei peut également être neutralisé en plaçant un ofuda sur son front.

Le festival annuel d’Obon a lieu au mois de juillet, pour apaiser les âmes des défunts et honorer la mémoire des ancêtres. Il est dit que durant cette période de l’année, les âmes reviennent dans le monde des vivants et rendent visite à leur famille.

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